En effet, dès l’entame des discussions, Alpha Condé et Alassane Ouattara ont ouvert les hostilités contre la junte et le peuple malien. Ils ont eu des mots particulièrement durs à l’endroit des militaires maliens et de l’imam Mahmoud Dicko. Ils ont demandé des sanctions sévères, ciblées contre les membres de la junte, les leaders de la coalition M5-RFP, qui soutiennent le coup d’État. Ils sont allés jusqu’à demander un renforcement des sanctions prises récemment contre le Mali par la CEDEAO.

Deux chefs d’État se sont particulièrement illustrés lors cette réunion : le Bissau-guinéen Umaru Sissoco Embaló et le Burkinabè Marc Christian Kaboré.C’est Umaru Sissoco Embaló qui le premier a riposté en délivrant les premières salves contre Alassane Ouattara et Alpha Condé. Il a estimé qu’un coup d’État est forcément condamnable. Mais, a-t-il poursuivi, si on doit condamner un coup d’État, il faut condamner tous les coups d’État, sans exception. À cet effet, les projets de troisième mandat anticonstitutionnel sont aussi des coups d’État et on ne peut pas les laisser prospérer impunément. Donc, si on doit condamner la junte malienne du CNSP pour avoir fait un putsch, il faut également condamner Alpha Condé et Alassane Ouattara.Les présidents Buhari et Sall ont éclaté de rire, tandis que Condé et Ouattara sont devenus vert de rage, face à l’audace du jeune président bissau-guinéen.Alassane Ouattara, mal à l’aise, voulant reprendre la main, s’est permis un paternalisme mal placé en appelant le Président Embaló « fiston ». Ce dernier répliqua sèchement : « il n’y a pas de fiston ici, il n’y a pas de petit pays ici. Il y a des chefs d’État, qui sont tous égaux et j’entends assumer pleinement la souveraineté de mon pays ».Cela a cloué le bec à Alassane Ouattara, qui n’en revenait pas devant tant d’audace.

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Le Président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a été particulièrement remarquable dans l’analyse qu’il a faite de la situation au Mali. Il a dit, pour désavouer Alassane Ouattara et Alpha Condé, qu’il est illusoire, voire utopique de penser qu’il est possible de rétablir IBK au pouvoir. Diplomatiquement, c’est infaisable. Militairement, c’est aventureux et politiquement, ce serait une agression contre la souveraineté du peuple malien. Il a déclaré que lui, Roch Kaboré, ne s’inscrirait jamais dans cette dynamique. Plutôt que de faire pleuvoir les sanctions sur le Mali, il a proposé qu’on aide le peuple malien à s’inscrire dans un schéma de sortie de crise pour le rétablissement rapide des institutions, dans l’intérêt de ce pays et de la sous-région.

Tous les autres chefs d’État ont commencé à s’aligner sur la position réaliste exprimée par le président du Burkina Faso, à commencer le président du Nigeria. Il a été rejoint par les présidents togolais et sénégalais. Macky Sall a même demandé qu’on allège les sanctions déjà décidées. Le jeune Président Sissoco Embaló a été mordant. Il a proposé au Président Mahamadou Issoufou de continuer à présider la CEDEAO jusqu’à la fin de l’année parce que lui au moins n’a pas de problème de troisième mandat dans son pays.

Mediapart

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