A Minneapolis, manifestants demandant que justice soit rendue pour George Floyd. Le procès du policier Derek Chauvin s'ouvre ce lundi 8 mars. © Eric de Salve - RFI

C’était le 25 mai dernier : la mort de George Floyd, étouffé sous le genou d’un policier. L’afro-américain a été tué par un policier blanc à Minneapolis. La vidéo de la scène filmée par des passants a immédiatement fait le tour du monde et déclenché les protestations les plus violentes depuis des décennies aux États-Unis. Aujourd’hui s’ouvre à Minneapolis le procès du policier Derek Chauvin, qui sera jugé pour meurtre.

De notre envoyé spécial à Minneapolis,

Le procès s’ouvre ce lundi avec la sélection des jurés. C’est un procès sous haute tension qui fait craindre un retour des violences, puisque la colère n’est pas retombée. Dix mois après la mort de George Floyd, les mêmes slogans résonnent encore dans les rues de Saint-Paul et de Minneapolis.

Ce matin-là, des familles d’hommes noirs, tués eux aussi, par la police manifestent dans un quartier très cossu sous les fenêtres du gouverneur du Minnesota. Au moment de l’ouverture du procès du policier le plus détesté du pays, ils sont venus demander la fin de l’impunité policière, comme Toshira, 34 ans, dont le compagnon est mort dans des conditions confuses en 2009.

« On n’en peut plus de ces meurtres. On veut que les gens comprennent que George Floyd n’est qu’un visage parmi des centaines d’autres meurtres ici, dans le Minnesota, mais aussi des milliers à travers les États-Unis. On va regarder ce procès en priant et en espérant que justice soit rendue, parce que pour nous, elle n’a pas été rendue », estime-t-elle.

« Les gens sont réveillés maintenant ! »

Et les statistiques confirment ces propos. Chaque année, en moyenne, la police américaine fait un millier de morts, mais seuls 2% des agents sont ensuite poursuivis. Pour ces manifestants, comme Rodj, masque Black Lives Matter sur le visage, si l’agonie de George Floyd sous le genou de Derek Chauvin reste impunie, après avoir été filmée et diffusée sur les télévisions du monde entier, de nouvelles violences seront inévitables.

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 « Les gens sont réveillés maintenant ! S’il reste impuni, ça va encore attiser la colère dans la rue et dans les quartiers. Et ce qu’on espère, c’est que ce ne soit pas juste Derek Chauvin qui soit épinglé. Nous voulons un débat sur l’ensemble des services de police du Minnesota et des États-Unis. Parce que Derek Chauvin n’a pas fait ça tout seul. Il avait tout un département de police et tout un système derrière lui ! », estime-t-il.

Et Minneapolis craint aujourd’hui de revivre des scènes d’émeutes comme celles qui ont secoué les États-Unis cet été. Avant l’ouverture de ce procès à haut risque, le centre-ville a donc été transformé en camp retranché. La mairie a dépensé plus de 600 000 dollars pour fortifier les bâtiments officiels. D’immenses blocs de bétons ont été placé devant tous les commissariats et des grilles de cinq mètres de haut entourent le Palais de justice où sera jugé Derek Chauvin dès aujourd’hui.

Derek Chauvin comparaît libre

« C’est stupide. Je n’ai jamais rien vu de tel », dit Jim, un habitant venu photographier ces grilles angoissantes. Selon ce sexagénaire afro-américain, si la mairie les a installées, c’est qu’elle anticipe un acquittement du tueur de George Floyd. « Je suis consterné quand je vois ça. Voilà où en est notre État. Pourquoi avoir mis en place tout ça si ce n’est pour nous dire que peut-être, il n’est pas coupable ? A mon avis, s’ils ont mis tout ça, c’est parce qu’ils s’attendent à un acquittement. Ces barbelés, ces grillages, ça nous dit qu’il y a un truc qui tourne pas rond dans le système. Vous avez vu la vidéo ? Eh ben c’est clair. Il est coupable ! », poursuit-il.

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Derek Chauvin, 44 ans, comparaît libre après paiement d’une caution de 100 000 dollars. Son procès va s’étaler sur plusieurs semaines, jusqu’à la fin du mois d’avril.

avec rfi.fr

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