L'ex-première dame des États-Unis, Michelle Obama, en visioconférence lors de la convention démocrate de Milwaukee, le 17 août 2020. Chris Delmas / AFP

Les démocrates américains ont commencé à se rassembler pour désigner leur candidat à l’élection présidentielle Joe Biden ce mardi 18 août. Épidémie oblige, la convention, qui dure jusqu’à jeudi, se déroule entièrement en ligne. Michelle Obama, précédée de Bernie Sanders, perdant de la primaire démocrate, mais aussi l’ex-gouverneur républicain John Kasich, ont ouvert le bal.

Elle déteste la politique et elle l’a redit. Mais Michelle Obama, l’une des femmes les plus admirées en Amérique, ne pouvait pas se défiler. « À chaque fois que nous nous tournons vers la Maison Blanche pour une direction, ou du réconfort, ou un semblant de stabilité, ce que nous recevons à la place c’est du chaos, de la division et un manque complet et total d’empathie ». Par ce réquisitoire passionné, l’ancienne première dame des États-Unis n’a pas tourné autour du pot : Donald Trump, selon elle, « n’est pas le bon président » pour ce pays.

Michelle Obama s’exprimait en clôture de la première soirée de cette convention inédite, entièrement virtuelle à cause de la pandémie de nouveau coronavirus, mais installée jusqu’au 20 août dans le Wisconsin, un État-clé que Donald Trump avait remporté avec surprise en 2016 avec une très courte avance. Biden, 77 ans, doit être formellement désigné mardi comme le candidat du parti pour l’élection du 3 novembre.

De son côté, Donald Trump a immédiatement ironisé sur le discours pré-enregistré de l’épouse de son prédécesseur : « Rien de très excitant ! ». Le président américain avait plus tôt confirmé qu’il accepterait formellement la nomination du parti républicain la semaine prochaine, « en direct, depuis la Maison Blanche », une décision inédite qui suscite déjà des critiques.

Sanders : « Le prix de la défaite est trop important »

Pour cette édition 2020 contrainte par la pandémie, les militants doivent se passer de l’ambiance traditionnelle de ces grand-messes politiques qui marquent tous les quatre ans le coup d’envoi officiel de la campagne, rapporte notre correspondante à Washington, Anne Corpet. Des jeunes de tout le pays qui chantent ensemble l’hymne national, mais chacun chez soi. Pas de foule en liesse, ni de ballons ou de confettis mais une succession de clips vidéos, d’interventions en direct ou enregistrées : des Américains ordinaires, des élus du parti démocrate, et même des républicains dont deux anciens gouverneurs opposés au président.

Tous martèlent un seul message : il faut s’unir et en finir avec Donald Trump. Un impératif pour Bernie Sanders, grand rival de Joe de Biden à la primaire, qui s’est exprimé avant Michelle Obama.

« L’avenir de notre démocratie est en jeu, a déclaré le sénateur du Vermont. Nous devons nous rassembler pour battre Donald Trump. Le prix de la défaite est tout simplement trop important à imaginer. »

Nous devons nous rassembler pour battre Donald Trump et élire Joe Biden et Kamala Harris comme président et vice présidente. Le prix de la défaite est tout simplement trop important à imaginer.

À défaut de programme précis, le parti démocrate oppose la décence, l’empathie de son candidat, aux inconstances du président. Quitte à effrayer les électeurs pour mieux les mobiliser.

Des républicaine pour Biden

Pour cette première soirée de convention virtuelle, les démocrates avaient même convié des républicains. Ils ont appelé à voter Biden, sans pour autant renier leur parti, c’est inédit. Mais le président Trump a écœuré suffisamment de ses électeurs pour que Joe Biden puisse les recruter. Parmi eux, deux anciens gouverneurs : Christine Todd Whitman du New Jersey et John Kasich de l’Ohio. Ce dernier a dénoncé les dysfonctionnements, l’irresponsabilité de l’administration Trump, avant de lancer un appel aux membres du parti républicain.

« J’ai été républicain toute ma vie, a assuré John Kasich. Mais cet attachement passe après mes responsabilités vis-à-vis de mon pays. Je suis fier de mon héritage républicain. C’est le parti de Lincoln qui a reflété ses principes fondateurs d’unité et de but supérieur. Mais ce à quoi j’ai assisté ces quatre dernières années contredit ces principes. Beaucoup d’entre nous ne peuvent pas imaginer quatre années supplémentaires dans cette direction. Et c’est pourquoi je vous demande de me rejoindre et de choisir une meilleure voie vers l’avenir. »

Autre témoignage, plus poignant, celui de Kristin Urquiza, une jeune femme dont le père est mort du coronavirus. Il avait voté pour Donald Trump. « Mon père était un homme de 65 ans en bonne santé, a-t-elle lancé. Sa seule maladie a été de faire confiance à Donald Trump, et il l’a payé de sa vie. »

Le recueillement du frère de George Floyd

La première journée de la convention démocrate a aussi mis en avant les questions raciales, alors que des manifestations contre les discriminations raciales et la brutalité policière ont éclaté après la mort de George Floyd le 25 mai.

S’exprimant depuis Houston, le frère de George Floyd, Philonise, a présenté un moment de recueillement et honoré d’autres victimes afro-américaines de violences policières. « Il nous appartient de continuer le combat pour la justice. Nos actions seront leur héritage », a-t-il lancé.

Une vidéo a montré Joe Biden discuter par visioconférence avec des activistes et des représentants à travers le pays de moyens de lutter contre le racisme.

Soirée virtuelle de militants à Houston

La convention démocrate ne s’est pas réduite à une succession de clips et d’interventions virtuelles. Pour la première fois, des militants dans tout le pays avaient prévus de se réunir pour regarder ensemble, virtuellement, la soirée. C’était notamment le cas à Houston, rapporte notre correspondant sur place, Thomas Harms.

La soirée avait commencé avec une dizaine de personnes sur Zoom. Plusieurs étaient assis dans le canapé de leur salon, d’autres devant une image de fond. Tous aux quatre coins de Houston. Chacun, comme Cayla, retraitée, racontait les raisons de son engagement : « Je vois ces suprémacistes blancs, les néo-nazis, que Trump trouve être des gens super. Et avec ce qui se passe avec les gens de couleur, ça me rend juste malade. »

Le groupe démocrate de Houston devait se retrouver et réagir sur la plateforme qui diffusait la convention. Mais la fenêtre de discussion promise n’a été intégrée qu’à la fin des deux heures de l’événement virtuel. Chacun a donc regardé de son côté les stars du parti et le clip de Bruce Springsteen.

Sheila Myers avait organisé la soirée virtuelle de Houston : « Comme on ne pouvait pas discuter, nous nous sommes envoyés des mails entre nous. Et l’une des participantes me disait : « Michelle Obama était inspirante ». Je disais : « Oui je pense exactement la même chose ! » Elle touchait à 100 % juste, pourquoi on doit élire Joe Biden. Et particulièrement, le moment où elle dit qu’il n’est pas parfait. Et j’ai vraiment aimé le format. Pour moi ça fonctionne. »

(rfi.fr)

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